Un record et des promesses

lundi, 13 Mai

L’affiche de l’ultime rencontre de l’Open Mutua de Madrid mettait aux prises la référence du circuit, Novak Djokovic, grand habitué des finales du Circuit Masters 1000, à l’une des forces émergentes du tennis mondial, Stefanos Tsitsipas, talent brut que venait de confirmer une victoire éloquente face à Rafael Nadal en demi-finale.

Une distribution prometteuse pour un enjeu de taille : un premier titre dans un tournoi de cette envergure pour le Grec ou un 33e pour le Serbe, synonyme de record (à égalité avec Rafa).

À l’aube de cette finale, il était délicat de s’avancer sur la tournure des événements. Tsitsipas sortait de deux matchs ardus (gains successifs en trois manches sur Zverev et Nadal auxquels venait s’ajouter son titre à Estoril la semaine précédente) et il était légitime de s’interroger sur sa résistance physique avant ce dernier défi. Mais les victoires en série amenant leur lot de confiance (demandez au Djoko version 2011), on osait imaginer Stefanos raffermi pour la circonstance. Djokovic suscitait lui aussi quelques interrogations. Certes, son succès sur un Thiem émoussé en demi-finale avait ponctué un début de tournoi sans fausse note ni manche perdue, mais ses errements récents (Indian Wells, Miami, Monte-Carlo) pouvaient laisser craindre une rechute soudaine, a fortiori face à un adversaire qui s’était imposé dans l’unique duel précédent entre les deux hommes.

Le début de match offrait d’entrée des éléments de réponse. Djoko sortait ses beaux habits du dimanche, propres, tout en sobriété. Tsitsipas arrosait çà et là des fautes en revers pour céder son service dès la première tentative serbe. Le tour de chauffe passé, les échanges commencèrent à se multiplier et les valeurs à se niveler. Sentant l’armure grecque vaciller physiquement par instants, la guerre des coups amortis fit alors rage. Avec plus ou moins de pertinence, elle offrait tout de même au public quelques moments savoureux. Djokovic, plus vif dans son jeu de jambes, en sortait le plus souvent gagnant, et c’est tout logiquement qu’il s’empara de la première manche, 6-3.

Le deuxième acte se voulait plus indécis. Les deux hommes conservaient sans trop de difficultés leurs services (une alerte à 1-1 pour Tsitsipas) et déployaient les forces qu’on leur connaît. Poids dans la balle et revers à une main bondissant dans la diagonale côté grec, qui venait planter au filet quelques banderilles. Retours cliniques, longueur de balle et revers à deux mains en parallèle pour le Serbe, toujours très en jambes.

C’est du reste cette bataille du revers qui allait finalement faire pencher la balance du côté du numéro 1 mondial, à en croire son adversaire : « Il a le meilleur revers du circuit, le meilleur revers que j’ai vu chez un être humain. Il le contrôle si bien. J’ai essayé de me rapprocher de la ligne de fond, mais je ne me sentais pas à l’aise. Il était très solide du fond, il savait ce qu’il avait à faire. »

Pourtant, c’est avec son coup droit que Djoko força la décision. Après une séquence défensive hallucinante lui procurant deux nouvelles balles de bris à 4-4 (la seconde fut convertie sur une faute impardonnable en coup droit de Tsitsipas), Djokovic se voyait offrir l’occasion de conclure l’affaire sur son service après deux coups droits autoritaires. Il lui fallut toutefois attendre sa quatrième tentative pour sceller le score sur… un nouveau coup droit gagnant. Jeu, manche, match Djoko, 6-3 et 6-4 en un peu plus d’une 1 h 30, et aucune occasion de bris proposée à Tsitsipas. Pas d’effusion de joie chez le Serbe au moment d’aller serrer la main de son adversaire, simplement le sentiment du devoir accompli.

Le symbole est pourtant fort : remporter son 33e titre Masters 1000 à Madrid pour égaler la marque de son éternel rival espagnol. Le message lancé à ses adversaires l’est tout autant ; il sera sans contredit l’un des épouvantails du tableau de Paris dans deux semaines, où il tentera une nouvelle fois d’être le champion en titre des quatre épreuves du Grand Chelem, comme en 2015-2016.

« J’ai senti que j’avais toujours une longueur d’avance, que je dictais le jeu. J’ai joué du très bon tennis cette semaine, je n’ai pas perdu la moindre manche. Cela me donne confiance pour Rome et Roland-Garros où j’espère jouer mon meilleur tennis. »

Si son « meilleur tennis » reste à venir, les autres candidats à la Coupe des Mousquetaires ont du souci à se faire. Le patron est de retour aux commandes…

(Photo en vedette: Madrid Mutua Open)

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