40 ans de la Coupe Rogers à Montréal : quatre décennies d’évolution du jeu

vendredi, 21 Juin

Alors que le compte à rebours menant à la 40e édition de la Coupe Rogers au Stade IGA se poursuit, l’occasion nous est offerte de nous replonger dans les souvenirs du tournoi.

Le moins que l’on puisse affirmer, c’est que durant ces quatre décennies de tennis à Montréal, les spectateurs avertis ont été les témoins privilégiés d’évolutions substantielles dans le jeu. Le prétexte idéal à un coup d’œil dans le rétroviseur.

À l’aube des années 80, lesquelles coïncident avec une révolution du matériel (nous y reviendrons), on distingue nettement deux catégories de joueurs. D’un côté, les contre-attaquants depuis la ligne de fond, dont les plus illustres se nommaient Lendl (quatre fois vainqueur à Montréal et davantage « contreur » que limeur), Connors ou Wilander. De l’autre, des attaquants plus classiques, menés par McEnroe ou Navratilova, alternant jeu plus à plat et enchaînements service-volée.

Martina Navratilova à Montreal en 1980 – Photo : Bernard Brault

Si l’opposition de styles a perduré jusqu’à la fin des années 90, elle a toutefois pris un virage marquant vers la fin de la décennie 80 avec l’émergence d’un tennis d’attaque, incarné notamment par Boris Becker, basé sur la puissance et l’explosivité à mesure que la vitesse du jeu augmentait.

Cette accélération liée à l’amélioration de l’équipement avantageait le tennis d’attaque. Des joueurs comme Edberg et plus encore Sampras allaient dominer tour à tour le circuit pendant près de 10 ans, quand bien même leurs règnes furent contestés par des frappeurs de fond de terrain, d’Agassi à Courier, à même d’exprimer leurs qualités dès le retour de service. Ces joueurs, auxquels on peut associer Monica Seles chez les femmes, tous élevés au tennis sous la férule de Nick Bollettieri, ont préfiguré l’ère moderne des attaquants de fond de court.

La bascule vers une relative homogénéisation du jeu et un style dominant (tant chez les femmes que chez les hommes) interviendra au début du troisième millénaire, et deux matchs illustrent tout particulièrement ce passage de témoin, autant que le ralentissement progressif des surfaces.

En 2001, la finale masculine de Wimbledon oppose Goran Ivanisevic et Patrick Rafter, deux attaquants purs pratiquant quasi systématiquement le service-volée/retour-volée. On ignore encore qu’il s’agit là d’une des dernières démonstrations de jeu d’attaque au filet sur une surface (le gazon) traditionnellement favorable à ses adeptes.

Un an plus tard, toujours à Londres, le match de championnat met en vedette Lleyton Hewitt et David Nalbandian, comme le symbole d’une nouvelle époque où les raquettes dominantes seront désormais capables de s’exprimer sur tous les terrains, s’appuyant sur un jeu en cadence et de contre-attaque.

Les années qui suivent confirment la tendance. Exit, les Krajicek, Henman, Philipoussis ou Novotna. Désormais les trophées se gagnent essentiellement du fond du court, ce que la montée en puissance du triumvirat Federer-Nadal-Djokovic, ogres du circuit masculin depuis près de 15 ans, illustre parfaitement. Il en va de même chez les femmes, avec l’émergence des sœurs Williams, mais aussi les baux successifs de Capriati, Davenport ou encore Clijsters, au sommet de la hiérarchie mondiale.

Bien sûr, il existe des nuances marquées entre ces joueurs. On associe volontiers Federer à un jeu d’attaque moderne, capable de s’exprimer aussi bien depuis la ligne de fond qu’au filet. Des joueurs comme Djokovic, Murray ou Nishikori sont plus souvent rangés dans la catégorie des contre-attaquants (Hewitt version 2.0). Nadal comme un frappeur de fond façonné sur terre battue (à l’instar d’un Muster ou d’un Courier dans le passé) et capable de décliner ses schémas de jeu sur surfaces dites « rapides »…

Rapides ? Le sont-elles toujours ? Certains observateurs déplorent ainsi l’homogénéisation de la vitesse des courts. On développe aujourd’hui plus facilement le même jeu sur l’argile ou sur herbe que sur Decoturf et Plexicushion.

Il convient toutefois d’ajouter à l’équation la dimension athlétique du tennis, aujourd’hui poussée à son paroxysme. Un talent brut, s’il veut exister au plus haut niveau, ne peut aujourd’hui faire l’économie d’une préparation physique méticuleuse. Quand Lendl jouait près de 150 matchs par an au début des années 1980, un Federer ou un Djokovic en disputent 60 à 70 aujourd’hui, Serena une cinquantaine. Jouer moins pour durer ? Les surfaces synthétiques prolifèrent, d’autres, comme la moquette, ont disparu du calendrier…

Le jeu des comparaisons entre les époques est donc toujours audacieux, tant les facteurs d’évolution du jeu varient. Du reste, le palmarès montréalais témoigne d’une domination structurelle de joueurs de fond de terrain, tendance lourde qui s’est accentuée à mesure que l’on a procédé au ralentissement des surfaces pour contrer l’accélération du jeu.

Déterminer à quel niveau évoluerait un McEnroe en 2019 ou une Sharapova en 1982 relève donc plus de la science-fiction que de l’observation.

Photo en vedette : Bernard Brault

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