40 ans de Coupe Rogers à Montréal : quatre décennies d’évolution technologique

vendredi, 12 Juil

Voici venu le temps de conclure notre trilogie consacrée au 40e anniversaire de la Coupe Rogers à Montréal. Après avoir parcouru la période à travers les prismes du jeu et de la mode, nous souhaitions aborder une autre variable évolutive, et pas des moindres lorsqu’il s’agit de retracer l’ère du tennis moderne : la technologie.

L’arrivée du tournoi au parc Jarry en 1980 coïncide ainsi avec la grande révolution des raquettes qui connaîtra un basculement fondamental en 1982-1983 avec l’abandon progressif des raquettes en bois (la norme jusqu’alors, malgré la tentative de passage à l’acier initiée par René Lacoste dans les années 60) pour le graphite.

En plus de ne pas subir de déformation et d’autoriser de plus grands tamis, ce nouveau matériau confère désormais aux raquettes robustesse et légèreté (un gain de près de 4 à 5 onces). Sans grande surprise, l’écrasante majorité des joueurs, de Lendl à Evert, s’y convertissent, pour gagner en puissance et en contrôle. Seuls Vilas, en déclin progressif, et Borg, sur le chemin de la retraite, demeurent fidèles à leurs anciens outils. Même Yannick Noah, dernier vainqueur en Grand Chelem bois en main à Roland-Garros en 1983, finit par succomber à la tentation du composite.

Dans le même temps, les surfaces aussi font place peu à peu au synthétique. Jusqu’à la fin des années 1970, la terre battue et le gazon recouvrent l’essentiel des terrains des compétitions majeures. Si Roland-Garros (argile) et Wimbledon (herbe) n’ont jamais dérogé à la tradition, il en va différemment des Internationaux d’Australie, qui n’abandonnent le gazon qu’en 1987 pour le Rebound Ace (puis le Plexicushion à partir de 2008). Même son de cloche aux États-Unis, où le déménagement de Forest Hills à Flushing Meadows en 1978 signifie l’abandon de l’Har-tru (la fameuse terre battue verte qui avait elle-même remplacé le gazon trois ans auparavant) pour le Decoturf, désormais la surface la plus répandue sur le continent nord-américain.

Le progrès ne s’arrête pas là. Au début des années 1990, les radars chronométriques commencent à proliférer pour mesurer la vitesse du service. De simple mise en jeu, ce coup devient l’arme fatale des Sampras, Ivanisevic, Krajicek ou Rosset, aidés par l’avancée technologique du matériel (raquettes et surfaces). Le public assiste parfois incrédule à des avalanches d’aces filant à plus de 200 km/h.

Suivant ce même effet boule de neige — la balle allant plus vite — d’autres problèmes surgissent. Les juges de filet annonçant le « let » commencent à faire un métier dangereux. Ils disparaissent au profit de capteurs électroniques.

Dans le même temps, le montant des bourses explose dans les tournois professionnels, désormais diffusés partout sur la planète. Les enjeux devenant à la fois sportifs et financiers, la pression mise sur les arbitres de chaise et juges de ligne par les joueurs augmente, quitte à égratigner au passage la fameuse « étiquette » (tapez Nastase, Connors ou McEnroe sur YouTube, vous serez servis). S’agissant d’un sport de jugement et non d’interprétation, l’erreur apparaît irrecevable, voire injuste. Dès les années 1980, des ingénieurs développent le système laser infrarouge « Cyclops » permettant de juger les balles de service en longueur. Il faudra toutefois attendre l’arrivée du Hawk-Eye en 2006 et l’installation de caméras HD autour du terrain pour que la machine vienne définitivement en aide aux officiels.

Nous pourrions poursuivre l’énumération des changements technologiques récents – et futurs pourquoi pas. Malgré de légers creux générationnels, le tennis n’a jamais été aussi populaire et suivi, véhiculant son lot de fantasmes et d’ambitions pour l’avenir, de la raquette connectée (déjà en circulation) à la disparition complète des juges de ligne. Les adeptes du progrès technique et les pragmatiques s’en réjouiront. Les romantiques (que d’aucuns qualifieraient de réactionnaires) sans doute moins. Choisissez votre camp !

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