Je me souviens : McEnroe/Lendl ou la finale des paradoxes

jeudi, 18 Juil

John McEnroe et Ivan Lendl. L’enfant prodige du Queens et le robot d’Ostrava. Super Brat et Ivan le Terrible

Par sa nature (un court, un filet, deux adversaires), le tennis produit des rivalités sportives alléchantes, des oppositions de styles, des chocs spectaculaires sur et en dehors des courts, certains osant parfois l’analogie avec la boxe.

Les exemples d’affrontements mythiques ne manquent pas. Evert et Navratilova ont joué l’une contre l’autre plus de 80 fois sur le circuit WTA. Plus près de nous, le trio Federer, Nadal, Djokovic combine près de 140 matchs. Edberg/Becker, Agassi/Sampras, Graf/Seles… la liste ne saurait être exhaustive. Mais la rivalité entre McEnroe et Lendl est peut-être celle qui coche le plus de cases : l’Est et l’Ouest, l’attaque et le contre, la fougue et la placidité, le silence et les mots… bref, le yin et le yang et surtout LA superproduction du tennis des années 1980.

En cela, Montréal peut s’estimer heureuse d’avoir accueilli deux finales entre les deux hommes. La première nous reporte en 1985 et mérite d’emblée une petite mise en contexte. Le Tchécoslovaque débarque en double tenant du titre à Montréal, toujours à l’aise sur le Decoturf comme en témoigne ses victoires aisées aux tours précédents face à Mayotte, Jarryd et Arias. Le retour de l’Américain au parc Jarry constitue en soi un scoop. Deux années auparavant, excédé par l’attitude du public à son égard, il jurait qu’il n’y reviendrait plus. N’étant plus à un paradoxe près, il répond présent, sans doute conforté dans son choix par la bataille que Lendl et lui se livrent au classement mondial. Au faîte de son art, McEnroe expédie Connors en demi-finale (6-2, 6-3) pour compléter l’affiche dominicale au côté de son vieux rival.   

De cette finale, l’histoire retiendra moins le niveau de jeu pratiqué par les deux protagonistes que la victoire de McEnroe (son seul succès au parc Jarry) et la première défaite montréalaise de Lendl. Deux manches relativement maîtrisées par Johnny Mac (7-5, 6-3) dans des conditions venteuses. Ce qui aurait pu relever de l’anecdote devint finalement le fait principal du match, à savoir la colère piquée par Lendl, d’ordinaire robotique, contre l’arbitre anglais Jeremy Shales. Coupable, selon le numéro 2 mondial, d’avoir « démoli la compétition » par ses décisions discutables, la partie versa dans le surréalisme. Enfilant les habits de McEnroe, le Terminator tchèque fulmine et en appelle au juge-arbitre pour remplacer Shales en plein match. Il ordonne même un changement de balles au mauvais moment, ce qui lui vaut les moqueries appuyées de son adversaire, lequel, en connaisseur, commentera : « Il s’est emporté, il a perdu sa concentration. Je me souviens qu’il m’a déjà accusé de la même erreur : il avait raison ! »

Les deux hommes se retrouveront quatre ans plus tard à Montréal à la même étape de la compétition, pour un résultat inverse, le sixième et dernier succès de Lendl au Canada.


Photo en vedette : Bernard Brault

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